Les photos du 14

 

Photos du 14 :

 

Il m’aura fallu 13 mois pour venir à bout de ces photos…

 

Le 14 Juillet 2016, je me suis trouvée face au camion. Ce soir-là je photographiais les passants sur la promenade. Je suis arrivée tard, le feu d’artifice était à peine terminé. Ces photos ont été prises quelques minutes ou secondes avant l’attentat. Le jour de la commémoration à Nice, j’étais incapable de me joindre à la foule. J’ai choisi de passer la journée à mettre à jour les photos du 14. J’ai pris soin de chacune de ces photos; je les ai traitées comme je le fais avec mes photos habituelles, avec soin et délicatesse. Afin de les laisser trouver leur chemin et se révéler par elles-mêmes.

 

J’ai été surprise par leur étrangeté et leur beauté…

 

Je ne sais pas pourquoi mais tous ces mois, et même quand je les ai mises à plat, le 14 juillet dernier, j’ai toujours eu la sensation, même la certitude, que toutes ces personnes étaient vivantes, ici, ensemble, protégées dans ces photos…

 

Je ne suis pas photojournaliste, mais une artiste visuelle. C’est pourtant le 2ème attentat dont je suis témoin, et dont mon travail artistique est maintenant dépositaire. Je ne peux m’expliquer un tel fait, et si cela a un sens.

 

La veille du 14, j’étais aux Rencontres Photographiques d’Arles et j’essayais de mettre en ordre l’installation de mon plan séquence filmé pendant l’écroulement des tours du WTC. Je suis donc passée de l’un à l’autre d’une façon brutale. Les effets traumatiques intenses de ce nouvel épisode ont été incapacitants pendant de nombreuses semaines et sont encore actifs un an après…

Une terreur paralysante face à un camion ou un bruit de moteur trop bruyant.

 

Il en est ainsi, nous sommes des êtres fragiles.

 

Le dessin et la méditation m’ont aidé à me retrouver. Ainsi qu’une famille qui m’a prise en charge alors que je déambulais sur la promenade demandant de l’aide, d’être prise dans les bras, car je sentais mon humanité me quitter, pour ne plus revenir. Les personnes à qui je demandais « S’il vous plait, prenez-moi dans vos bras » m’évitaient, jusqu’à ce qu’enfin je trouve un havre de paix dans les bras forts et la poitrine généreuse d’une femme, de sa famille et de leurs enfants. J’écrirai probablement un jour sur ces personnes, comme je mettrai en forme les dessins. Mais pas encore.

 

Il y a une chose que j’aimerais malgré tout écrire : notre humanité n’est pas innée mais acquise. Il nous faut chaque jour la recréer, et la consolider. Nous ne sommes rien sans cela. Nous ne pouvons peut-être pas arrêter la violence qui semble déferler sur nous, ni les croyances meurtrières, mais nous sommes en charge de notre propre humanité, nous en sommes responsables et sur cela nous pouvons agir chaque jour.

 

Ces photos me dépassent, elles semblent avoir leur propre vie, leur propre histoire.

 

Pour ceux qui souhaitent en avoir un exemplaire, vous pouvez contacter l’Association des victimes (Promenade des Anges) et sa Présidente Émilie Petit Jean.

 

www.promenadedesanges.org

 

(Prière pour les âmes des disparus et celles des vivants, pour chacune de nos âmes, qui sont liées entre elles)

 

 

 

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